Soulor de Juillet 2003 (par Thierry FRANCK)

Soulor de juillet

C’était le 246 ième jour de l’an 2002 et le cinquième du stage dans les Pyrénées de notre club vélo-passion de Vaux/Sûre. Ne voulant pas épiloguer sur cette année pleine d’expériences vélocipédiques, je me limiterai aux derniers jours.

Le premier jour avait vu H. Arbes, le fidèle lieutenant, celui qui camoufla le Blaireau blessé (Abandon de B. Hinault à Pau le 9-7-1980), nous faire visiter le col de Marie-Blanque suivi par l’Aubisque et puis le Soulor, non sans avoir préalablement cheminé sur les contre-forts du Béarn lors de cette cyclosportive de160 km rudement bien organisée. Le temps avait été de la partie, les ravitaillements à la hauteur, les paysages magnifiques et il faut bien le dire, les ascensions douloureuses, la chaleur suffocante, le plateau repas réparateur.

Le lendemain, le climat dans la vallée nous avait lessivé à grande eau de ces souvenirs récents, sur une magnifique piste cyclable en pente douce jusqu’à Argeles. La sueur, les taches de sel et de sucre avaient rapidement disparu, mieux qu’aucune machine n’aurait pu le faire. Une quantité de flotte incroyable, et pourtant on est quand même habitué à progresser sous des climats humides par chez nous… Ce même climat nous a ensuite parfaitement essorés lors de la montée au col de Tramassel, autrement dit le fameuse montée d’Hautacam, siège d’exploits démesurés dans le chef de Riis au gros braquet (16-7-1996) et d’Amstrong au gros moulin (tour 1999) ; deux styles inverses pour une même vitesse incroyable. Lors des dernières rampes, le vent nous poussait littéralement dans le ravin, obligés de mettre pied à terre pour ne pas s’envoler. Le sommet ne fut pas à la hauteur de cette formidable ascension. Rien ; un parking, du vent, des nuages plus bas voilant toute la vallée. Le retour fut rapide vers Aspin en Lavédan, dans cet ensemble hôtelier magnifique où le club avait déposé ses bagages cette année.

Lors du troisième jour, c’est vers le col d’Aspin que nos roues nous conduisirent, cette fois tous ensemble, maris et femmes, père et fille ; le temps s’était remis au beau fixe, les kilomètres d’échauffement se sont étirés jusque Ste-Marie où le faux plat commença à décimer la troupe. Au sommet ce sont des vaches indigènes, tachetées de noir et brun qui nous accueillirent ; langues en alerte , elles nous débarrassèrent du sel accumulé sur notre peau lors de la montée. N’étaient-ce pas déjà elles qui assaillirent Bartali, Bobet et Robic ici-même il y a environ trente ans (25-7-1950 : chute au sommet, bousculade des supporters français) responsables de l’abandon de tous les coureurs italiens craignant pour leur santé. Il en faudra plus pour parvenir à déstabiliser un club de grimpeurs belges. Le dîner au pied de la forge d’E Christophe (Lieu de réparation d’une fourche brisée au pied de la descente du Tourmalet : 9-7-1913), une pensée pour lui autour d’une pizza et pour les moins fatigués, retour à travers les contreforts du Tourmalet, par le chemin inverse que L. Jalabert ouvrira en tête lors de l’étape du tour 2002. Le col de Lingous et la dernière descente un peu trop rapide pour certains pour arriver au bercail où l’apéritif, le plantureux repas et le repos bien mérité nous attendaient.

La veille du sacré jour, un groupe de 8 partit, destination Boucharro. Sur le chemin nous discutons avec des Anversois, qui se dirigent à menu braquet vers le Tourmalet, un des leurs a rencontré de plein fouet un skateur, la veille, sur la piste cyclable, le danger est vraiment partout… Au retour, nous croiserons le tour de France cyclotouriste qui se dirige également vers le géant de la vallée, pour faire étape à Barrèges. Que de cyclos, sur tous types de bécanes, de tous genres, de tout âge, de tout sexe. Voilà une expérience intéressante. Un petit arrêt sur le pont Napoléon et la route continue ; Gavarnie nous voici ! En prévision du lendemain, je me dois de ne pas me mettre dans le rouge, résister à cette tentation est douloureux, autant que les derniers kilomètres… Au sommet du col de Tente, un barrage de grosses pierres tente de nous empêcher le passage jusqu’au col de Boucharro. Chute de pierres, danger. Ce n’est pas grave, au lieu de zigzaguer, au travers des pentes les plus rudes, je contournerai les amas de gravats et les blocs de pierres, de loin cela paraît plus élégant J’emmagasine les cols. Le temps demeure rassurant.

Et nous voilà enfin à pied d’œuvre. Aucun copain ne voulant s’anoblir de la sorte , le « nous » est uniquement composé de mon fidèle et blanc assistant à deux roues, triple plateaux et neuf pignons et du humble narrateur.

Le jour dit point. Par la fenêtre entrouverte, un doute m’assaille. Eh oui, nous sommes en montagne, dans les Pyrénées, et il fait gris. Rien ne peut arrêter un galérien, changement de tenue, lunettes de soleil dans l’étui et départ solitaire. La pluie est là. Elle peut prendre tellement de formes, je pense à ces pluies d’orage, où les routes ruissèlent mais où l’on passe à travers les gouttes, échappant à l’humidité ambiante, la tête haute et sèche. Ici je suis mouillé, mes jambes sont sujettes à une rosée particulière, des milliers de perles éclatantes enfilées sur des milliers de poils, mais l’environnement semble sec. La route à peine luisante, je déjeune à Argelès de deux croissants et d’un tampon ; il est 7 Heure 50.
La route s’élève de suite, histoire de se mettre d’emblée dans un drôle de bain. A partir de 800 mètres d’altitude, brouillard. Où sont ces paysages tant attendus, ces vallées verdoyantes, ces vaches, ces fleurs,… ces collègues à deux roues ?
Soulor de juillet : il ne me subsiste que la rêverie.

Le compteur et l’altimètre permettent de ne pas se perdre complètement dans une douce folie. Je revois E. Merckx, là devant, sous un soleil impérial, ayant abandonné le peloton au sommet du Tourmalet pour passer devant son coéquipier, et ne se retournant plus jusqu’à Mourenx Ville Nouvelle (15-7-1969) ; son directeur sportif l’exhortant à ralentir et lui, déjà serti de jaune, lavant l’affront du giro, poussant de plus en plus sur ses pédales et augmentant sans cesse son avance. Deuxième arrêt : le col est là. Un cycliste se change contre un mur, vite, un café dans le relais des Marmottes qui ouvre justement. La route continue, ne pas perdre trop de temps ni de chaleur. J’avais bien vu le balcon du Litor le premier jour ; sujet au vertige, je ne peux que me réjouir des conditions climatiques, il faut rester positif. La route remonte vers le grand frère, l’Aubisque, et plus la route monte, plus la brume roussit ; les quelques mètres de paysage qu’il m’est offert de démasquer furtivement prennent une teinte rouillée, le soleil est là pas loin, juste un peu plus haut. Quelle peste qu’il n’y ait point de baronnie au Tourmalet ! là il doit faire clair…

Descente jusqu’à Laruns. Pendant la descente, je ne peux rêver, usant rapidement mes patins de freins, c’est au rythme de mes grelottements que j’atteints la première étape. J’entre dans le premier débit de boisson chaude, bégaie ma commande et tente de me réchauffer devant les yeux surpris des touristes ayant délaissé leur programme de ballade pour augmenter leur note de café. Fidèle GSM, je contacte ma moitié pour une assistance impromptue. Rendez-vous est pris au sommet du deuxième Soulor de la journée, avec des vêtements secs et chauds. Il ne faut pas s’attarder, la route reste longue et je suis persuadé que seule la chaudière de mon train-train gravissant me réchauffera. Les vieux pins laissent la place à Eau bonne. Après l’accentuation de la pente, je retrouve la brume, Chiappucci et le roi Miguel sont devant (Première prise du maillot jaune par Indurain 19-7-1991). Ils doivent encore se « taper » un fameux palmarès. Biquet aussi s’est évadé ici (Robic 1948 ). Gourette à présent et cette rouille qui embrase les derniers hectomètres où je rattrape trois braves cyclos qui grimpent de concert en se parlant sans se voir. Voici la descente vers le cirque, Wim Van Est est en retard, il doit prendre des risques si il veut conserver son maillot jaune (17-7-1951). Le virage, la chute, la remontée du ravin, 20 mètres plus bas en s’agrippant aux boyaux noués, et la montre Pontiac indemne, qui rapportera plus d’argent en publicité que la belle tunique.

La descente demeure dangereuse, la brume disparaît dans les tunnels mais, ce n’est pas pour ça que j’y vois plus clair. La petite remontée et un véhicule connu apparaît au sommet du deuxième Soulor. Ma tendre moitié s’y est blottie, elle m’apporte mes tenues hivernales. Surchausses, maillot doublé, cuissard long et imperméable. Il est 13H 02. Nous dînons rapidement d’un sandwich, et après le bisou du dessert, nous nous séparons, direction Arthez d’Asson pour le deux roues. Quel désagréable surprise, la route vient d’être recouverte de gravillons et les roues grésillent . Il faut redoubler de prudence et diminuer encore la vitesse de croisière. J’inspecte tous les blocs de ciment de la descente, sur lequel B. Thevenet est-il tombé ? Il s’était relevé de suite et était reparti à grande vitesse, mais il ne savait plus où il allait, dans quelle course il se trouvait, victime d’une petite commotion cérébrale (9-7-1972).

Au pied de la descente, le temps s’ouvre, ici c’est sec. Après une petite collation dans un café sans âge, où les publicités de boissons des cinquante dernières années se côtoient, c’est le départ de la dernière ascension. Je la connais depuis l’étape du tour de 1997. Nous partîmes 7000 et nous arrivâmes beaucoup moins au port. Quelques jours plus tard, chez les professionnels, l’équipe Festina avait dynamité la course… on sait maintenant comment.

A Ferrières, une route à gauche et une idée, la route tourne à droite et c’est reparti dans les pourcentages. Les douleurs sont moins présentes lors de cette ultime ascension, cela doit être l’odeur de l’écurie.

Il est 16H38 quand j’entame une discussion avec un cyclo provençal qui collectionne les BCN,BCF (brevets cyclotouriste où l’on doit collecter des tampons de lieux remarquables en France) au snack du sommet.
Ouah! Plus que descendre, quoique…..

La brume est toujours présente, mais la fatigue annihile mes angoisses, la vitesse croît. Il faut se méfier des derniers virages avant Arrens-Marsous. J’y entends pleurer Hugo Koblet, avec son maillot rouge frappé de la croix blanche, des emplâtres sur les jambes, entrant dans l’ambulance blanche frappée de la croix rouge. Le virage, le muret et puis un saut périlleux à 80 Km/h (13-7-1953). Enfin le village et comme par enchantement, la brume disparaît, la rêverie disparaît, mon plan est échafaudé depuis longtemps maintenant. Première route à droite, la route remonte jusqu’au col des Bordères où je réalise un demi-tour. Membre de la confrérie des cent cols, c’était trop tentant, c’est pas demain que je reviendrai.

De retour à Arrens, je reprends la route du retour, elle est maintenant plate dans la vallée. Quelques kilomètres plus loin, nouveau carrefour, mon sang ne fait qu’un tour, le petit plateau tombe à pic et je remonte au col de Coudaruque. Ce col est magnifique, du type pastoral serpentant. Au sommet un parking et un motor-home. Je hèle le touriste italien et examine ses cartes routières. Ca doit passer, il n’y a pas de bitume, je suis en pneu de 23. Je me lance dans la descente, mains sur les freins. Une pensée pour les forçats de la route qui réalisaient tout le tour de France sur ces routes pleines de gravats et avec des freins bien moins performants. Un refuge sur la droite et des marcheurs qui n’en croient pas leurs yeux de voir passer un vélo de course là où un VTT n’irait pas plus vite tellement les gravillons sont glissants. Après cette interminable descente, je retrouve un sol plus agréable mais une ultime grimpée. Ici le col est sauvage et forestier. Bonjour col des Spandelles.

Enfin souffler. Se laisser descendre jusqu’à Argelès où le dernier tampon termine de noircir ma feuille de route. Il est 19 H 30.

La piste cyclable sous le soleil. Mon ombre me paraît si grande, ai-je grandi ce jour ?

Le retour à l’hôtel, le dîner et le repos bien mérité. Sur mon compteur, 192 Km et 4945m de dénivelée. Dans ma tête, plein de souvenirs et déjà, ….. vous avez dit fondu de l’Ubaye, fêlé du colombier, Paris-Brest…..

Le vendredi est le dernier jour du stage, il nous reste a escalader le fameux Tourmalet. Le temps semble de nouveau avec nous. Les jambes n’ont pas encore oublié le Soulor, ça ne tourne pas facile. La montée depuis Luz se fait dans un train d’enfer, peu après Barrèges, je verrai partir mes amis, préférant monter à ma main. Sur le sommet, le vent s’est levé, les nuages approchent. Après la photo protocolaire devant le géant, je préfère rentrer de suite. Je suis de suite pris dans un nouveau et violent orage, bon dieu, rien n’est épargné au nouveau baron. Les amis attendrons au chaud que le plus gros passe et reviendront en passant par Luz-Ardiden.

Encore une semaine qui a défilé comme une descente à vélo.

« Faut être malade pour faire ça !» (par Thierry FRANCK)

Toute ressemblance avec des faits réels n’est pas fortuite.

« Faut être malade pour faire ça !»

7 heure du mat… le réveil, placé à deux pas du lit ne fait pas dans les sentiments et claironne à tue-tête. La cafetière, programmée, sous le lit, ahane comme un vieux fumeur au sommet d’un col. L’odeur du café embaume la chambre. C’est plus pratique que de dormir dans la cuisine. Seul le souvenir du ciel étoilé, cinq heures plus tôt, en raccompagnant les amis des agapes nocturnes, me fait ouvrir les yeux. Par le vélux, posé par dessus le lit, pas de nuage, pas de pluie, pas de neige, un ciel bleu pâle et même un lever de soleil !
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! »

Eteindre ce fichu réveil que, me connaissant comme la paume de la main, j’ai placé si loin qu’il me faut obligatoirement quitter le lit douillet. L’éteindre en vitesse, avant qu’il ne réveille toute la maisonnée. Donc je suis debout, et devant le spectacle journalier du lever de l’astre, je vide ma tasse de café fort dans le silence retrouvé. Mettre la main sur mes lunettes, oubliées sur la table où gisent toujours les vidanges du repas bien arrosé. S’habiller, remplir les bidons, regonfler les pneus, retirer le garde-boue, qui peut enfin se reposer après ces jours de pluies et de giboulées. Enfin, quitter ce royaume endormi.
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! »

se dit le quidam qui, emmitouflé dans une grande écharpe, pense encore rêver en allant chercher des pistolets pour son déjeuner dominical. Je laisse la terrible rue du Mont (1,2 Km à 9%) sur ma droite ; ce sera plus long mais moins dur. Comme diraient certaines, dans l’état actuel , ça me plaît. Le monastère de Hurtebise apparaît à contre-jour. De sa cheminée s’échappe une fumée, droit vers le ciel : pas de vent ! tel est le message. Le col du Plastrai est vite englouti après celui de Hurtebise. Comme petit déjeuner on fait mieux, mais pour un membre de la confrérie des cents cols, cela augure une bonne journée. Le soleil s’enhardit et me fait face. De part et d’autre, tout est blanc, sauf la route, étincelante. Cela réchauffe un peu. La radio du baladeur, réglée sur le troisième programme, embaume mon cœur avec Mozart. Beauplateau est laissé à gauche, Morhet approche. Encore une côte dans un franc soleil. Le passage du chemin de fer, il ne reste plus que la descente vers Vaux. Je serai à l’heure au rendez-vous. J’espère que les prévisions météorologiques catastrophiques n’auront pas rebuté tous les sociétaires du club de la passion.
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! »

se dit Guy en attendant, dans sa voiture, devant l’église.“ Ils ont fous ces copains ! Ils sont malades ! ” se dit René, qui, en bon président, passe sans casque, sans bidon, au rendez-vous, juste par acquis de conscience avant de rentrer au bercail. Il n’en faut pas plus et les neuf coups ayant sonné, nous partons. Direction Massul. Mes collègues s’échauffent doucement, je les rassure, « à bien regarder, il ne fait pas si froid, juste –5° ». Certains passages, en bord de forêt, toujours à l’ombre, sont toujours gelés et enneigés Pour les franchir, pas de danseuse, les pieds hors des pédales automatiques pour les plus frileux. Nous pouvons nous comparer à Gleb Travine, ce soviétique cycliste, qui, en 1927, a visité toutes les Russies et la Sibérie *. Dans les villages traversés, même les chiens ne sont pas dehors. Nous sommes passagers du silence, sans crainte pour nos mollets. On part vers Neufchâteau. René y connaît une de ces bosses qui réchauffe. Elle sert d’entraînement à Jean, qui la gravit six fois de suite. Moi , les bosses, je suis toujours partant.
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! surtout six fois !»

Cette bosse, au moulin Klepper est assez courte. Enfin quoique, se dit Guy, qui, faute du bon choix de braquet de départ, doit se résoudre à l’arpenter en conduisant sa petite reine à la main. Le 32 fait du bien. Patrice, qui mouline souvent autant du caquet, a raison. A bien y réfléchir, cette côte agit en moi tel une bonne goutte de pékèt ; elle me fait battre le cœur dans la poitrine, puis elle me tombe dans les jambes. Enfin, sur le sommet, elle m’extirpe un « whou » expiratoire avant de laisser un arrière goût de « j’en reprendrai bien une fois ». D’ailleurs, on la descend de moitié pour terminer l’ascension avec Guy. Ayant emporté quelque monnaie, ce lascar nous offre un café bien mérité que Betty nous sert dans son salon de thé, avec trois baisers. Attablés, « désemmitouflés », réchauffés, ensoleillés, on en profite pleinement – sauf ceux qui sont au régime en ce début de saison.
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! »


lit-on dans les yeux de la serveuse, quand nous quittons ce chaleureux établissement. L’heure passant, les kilomètres s’additionnant, le soleil inonde la campagne environnante. On a une pensée émue pour les VTTistes qui, coincés dans les sous-bois comme des bêtes sauvages, ne peuvent profiter de ce réchauffement progressif. Cette route droite, en faux plat, ce rythme régulier, ces reflets étincelants me jettent doucement dans une rêverie lyrique; ce monde, sa quiétude, ce bonheur ouaté appartient à ceux qui le mesurent, montés sur des machines silencieuses à deux roues. Au sommet d’une côte, René, parti en tête sur un rythme endiablé, loin de mes songes, profite de son avance pour assouvir un besoin naturel. Il me permet de revenir dans le réel en y mettant un pied. Le départ difficile m’a fait oublier de déjeuner. La température extérieure a gelé le contenu de mon bidon. Je rêve en pédalant, mais la fringale me tombe sur le coin de la tête. Une barre énergétique ! C‘est dans la poche !
Merci Guy, merci René.

« Faut être malade pour faire ça ! »

se dit René, quand de retour au point de rendez-vous, il s’engage dans le bistrot pour prendre l’apéro avec Guy en me laissant continuer la route vers mon royaume que j’avais laissé endormi. 25 Km seul, la fringale se retirant peu à peu, je profite du temps de midi qui a éliminé la blancheur matinale.
Les derniers hectomètres sont durs. Rouler à plusieurs, sans nécessairement se parler, c’est quand même plus gai.
Merci Guy, merci René.

« Faut être vachement malade pour ne pas faire ça ! »

me dis-je, sur la terrasse du salon après avoir ôté, au jet d’eau, le sel résiduel collé au cadre de ma monture. Face au soleil, ma fille, sur mes genoux, appréciant le sirop de mon bidon (enfin, mais un peu tard, reliquéfié), je déguste un Orval à température de la cave. Je médite sur cette merveilleuse matinée.

Merci Guy, pour le café.
Merci René pour la goutte.

L\’Ardéchoise 2001 en chiffres (par René GODFRIND)

L\’ARDECHOISE EN CHIFFRES

4 membres de notre club ont eu la chance de vivre une expérience fantastique le week-end des 16 et 17 juin : en effet, ils ont participé à l\’édition 2 001 de Ardèchoise, épreuve cyclosportive de masse organisée par le club cyclo de SAINT-FELICIEN, petit village de l\’Ardèche, situé à environ 100 km au sud de Lyon.

Dans le prochain journal, Thierry FRANCK, l\’organisateur de ce voyage de rêve, vous racontera ce week-end inoubliable dans son style toujours très savoureux ; mais je voudrais en prélude vous faire apprécier le gigantisme de cette organisation au travers d\’une série de chiffres à faire pâlir entre autres notre responsable ravitaillement route Pascal STOMPF :

11 905 participants (record de l\’épreuve) – L\’Ardèchoise est la première cyclosportive en Europe, loin devant le brevet des 9 cols ( 8 300 participants), l\’étape du Tour (7 600) et le marathon des Dolomites (7 044) – Au niveau mondial, elle n\’est devancée que par le tour du cap en Afrique du Sud qui rassemble 30 000 cyclos, sur un parcours unique de 105 km accessible à tous sans préparation particulière.

852 femmes ont pris le départ contre 11 053 hommes. 58% des engagés ont choisi l\’option cyclosportive et 42% l\’option cyclotourisme.

13 nations étaient au départ : France, Monaco, Suisse, Belgique (cette année, nous avons rencontré des cyclos de Jamoigne, Tintigny, Marche et Weyler), Luxembourg, Allemagne, Italie, Angleterre, Norvège, Espagne, Hollande, Etats-Unis et Costa-Rica.

13,07% des participants se sont lancés sur l\’Ardèchoise de 216 km (notre distance de cette année), 43,35% sur la Volcanique de 171 km, 38,78% sur les Boutières de 120 km, 3,41% sur les Sucs de 223 km et 1,38% sur la Vélo-Marathon de 268 km.

Gestion des résultats : le TOP ! Chaque concurrent est équipé d\’un bracelet-puce à la cheville ; des tapis-détecteurs envoient leurs informations (identité du participant, temps et classement) par onde à travers 4 lignes téléphoniques spéciales ; 12 informaticiens gèrent 31 ordinateurs et 16 imprimantes. Ce dispositif très puissant permet d\’afficher 40 000 résultats et d\’éditer 11 144 diplômes.

A table (A l\’attention de Pascal STOMPF) : en 2 000, on a consommé 12 000 petits pains cuits par le boulanger du village, 1 500 flûtes, 46 000 gâteaux, 33 000 barres énergétiques Isostar, 700 kg de fruits secs, 2 000 kg d\’oranges, 130 kg de citrons, 700 kg de bananes, 30 000 pêches, 1 200 kg de fromage, 400 kg de saucisson de l\’Ardèche. Sur les points d\’eau, il s\’est bu 70 000 bouteilles d\’eau minérale, 12 750 litres de boissons énergétiques Isostar et 12 000 cafés. 265 000 gobelets ont été distribués. A l\’arrivée, 11 400 plateaux-repas ont été servis, soit 2 100kg de salade de riz, 1 563 kg de raviolis chauds, 11 400 petits fromages du pays, 1 800 kg de pêches , 11 400 petits pains.

La clé du succès : 3 000 bénévoles.

Priorité à la sécurité : le jour de la course, sont présent en cas de nécessité :
o 40 ambulances (Croix-rouge et privées).
o 1 hélicoptère médicalisé.
o Le SAMU 07, 15 médecins, 15 infirmières, 70 sapeurs-pompiers, 300 secouristes.o 9 postes de secours avancés répartis le long du circuit.
o 1 poste médical avancé comportant 50 lits à l\’arrivée à Saint-Félicien.
o Les 50 premiers km et les 41 derniers sont privatisés.

Notre circuit du 16 juin : l\’Ardèchoise.
o Distance : 216 km.
o 10 cols.
o 4 117 m. de dénivelé.
o C\’est le parcours mythique imaginé par les organisateurs en 1 992.
o Les cols :

Le col de BUISSON (917 m) :
• Longueur : 11,450 km.
• Dénivelé : 400 m.
• Pente moyenne : 3,49%
• Pente maximale : 6,5%
• Temps d\’ascension : entre 20 et 50 minutes.

Le col des NONIERES (671 m) :
• Longueur : 11,5 km.
• Dénivelé : 298 m.
• Pente moyenne : 2,7%
• Pente maximale : 5%
• Temps d\’ascension : entre 16 et 45 minutes.

Le col de MEZILHAC (1120 m):
• Longueur : 22 km.
• Dénivelé : 710 m.
• Pente moyenne : 5%
• Pente maximale : 6%
• Temps d\’ascension : entre 45 et 100 minutes.

Le col d\’AIZAC (643 m) :
• Longueur : 3,450 km.
• Dénivelé : 226 m.
• Pente moyenne : 6,55%
• Pente maximale : 9%
• Temps d\’ascension : entre 8 et 25 minutes.

Le col de MOUCHEYRE (858 m) :
• Longueur : 5,1 km.
• Dénivelé : 215 m.
• Pente moyenne : 4,2%
• Pente maximale : 5,5%
• Temps d\’ascension : entre 15 et 35 minutes.

Le col de GABRIELOU (1255 m) :
• Longueur : 13,4 km.
• Dénivelé : 732 m.
• Pente moyenne : 5,5%
• Pente maximale : 10%
• Temps d\’ascension : entre 30 et 85 minutes.

Le GERBIER DE JONC (14717 m) :
• Longueur : 2,5 km.
• Dénivelé : 177 m.
• Pente moyenne : 7,1%
• Pente maximale : 8%
• Temps d\’ascension : entre 6 et 16 minutes.

Le col de CLAVIERES (1088 m) :
• Longueur : 17,3 km.
• Dénivelé : 553 m.
• Pente moyenne : 3,2%
• Pente maximale : 5,5%
• Temps d\’ascension : entre 45 et 105 minutes.

Le col de ROCHEPAULE (891 m) :
• Longueur : 3,8 km.
• Dénivelé : 180 m.
• Pente moyenne : 4,8%
• Pente maximale : 6%
• Temps d\’ascension : entre 10 et 22 minutes.

Le col du BUISSON (920 m):
• Longueur : 6,44 km.
• Dénivelé : 386 m.
• Pente moyenne : 6,9%
• Pente maximale : 15%
• Temps d\’ascension : entre 20 et 45 minutes.

Vol sur l\’Ardéchoise 2001 (par Thierry FRANCK)

Vol sur l’Ardéchoise

La nuit est lentement tombée sur un ciel serein et sur ce samedi mémorable. Ils sont assis autour de cette grande table rectangulaire, tous adossés à ces chaises de jardin. Autour de chacun, l’espace vital est impressionnant car cette table est faite pour manger à vingt et ils sont sept, sept mercenaires du vélo.

La veille, ils avaient traversé la moitié de la France, dans différentes voitures pour atteindre Saint-Félicien, petite bourgade perdue dans les montagnes de l’Ardèche. Départ matinal, dur pour certains, aisé pour la plupart, car pour une fois c’était pour le plaisir. Les cinq ardennais et leur deux voitures regroupés dès la sortie de l’autoroute, ils avaient fait connaissance avec le relief de la région. Pas de plat, pas un mètre de plat. Des terrains de foot en pente où pendant une mi-temps il faut s’encorder pour ne pas jouer tous en défense. Des lacs en pente où le ski nautique n’a pas besoin de bateau. Une région pauvre, agricole et sylvestre, connue pour ses cerises et ses châtaignes.

A Saint-Félicien, tout était mauve et jaune, les couleurs de la cyclosportive où ils s’étaient inscrits, enfin le pensaient-ils, car le virement postal de quatre d’entre eux n’a pas encore trouvé ce village perdu au milieu de la France. C’est au prix de maintes discussions qu’ils ont pu enfin tenir leur plaque de cadre, le bidon et un magnifique sac à dos qu’il ne faudra pas oublier lors d’un ravitaillement, surtout si il est au sommet d’une côte. Jaune comme les genêts en fleur, mauve comme la bruyère que l’on découvre au gré des routes locales. Les choses administratives et un vélo par l’assistance Mavic réglés, ils avaient quitté le superbe hall omnisports qui paraît démesuré vis-à-vis des alentours et ils avaient gagné un des deux cafés de la localité pour casser la graine d’un énorme sandwich de pain campagnard avec des spécialités locales. Un café éternel, comme on peut en voir un peu partout mais surtout en France, où rien n’a été déplacé depuis au moins cinquante ans, ni la peinture sur les murs, ni la poussière, ni le paysan avec son ballon de rouge sombre, comme son pif. Dépaysement assuré.

Ils avaient repris la route pour gagner leur camp de base, situé quand même à cent-trente kilomètres de la ligne de départ. Il était situé derrière un petit village de la drome provençale, non loin de Bollène. Perdu au bout d’un chemin assez pentu, c’était une ancienne bergerie, avec une tour qui avait servi de pigeonnier, adossée à une croupe de garrigue humant bon les herbes de Provence, envahie par le chant des grillons. Elle était tournée vers le sud et le regard portait sur un champs de vigne et une petite côte qui paraissait assez rude. Ancienne bergerie, soit, mais elle avait été retapée avec goût et avec toutes les commodités, entourée de grands lauriers roses et pour couronner le tout, agrémentée, en contrebas, d’une piscine spacieuse. Eric, le propriétaire les attendait. Lui, c’est le Rambo de l’équipe, un gaumais taillé dans l’airain à la serpe. Son sport favori, le transport de brouette en côte pour aménager son jardin. Pas de vélo, deux-cents kilomètres au compteur cette année, certifié par huissier! Mais il est coutumier du fait; en effet, depuis trois ans, il s’adonne à une étape du tour de France sans entraînement spécifique mais surtout sans abandon, au grand dam de cyclistes au postérieur endurci par des milliers de kilomètres. Il se dope aux anti-inflammatoires et au vu de ses résultats, il attirerait pas mal de coursiers dans ses drogues. Les présentations faites, chacun ayant choisi sa paillasse, ils avaient remonté les bécanes et vérifié les petits détails.

Thomas arriva, lui, le beau frère, c’est un étalon fougueux mais moins endurant qui s’endort quelquefois dans les alentours des ravitaillements, et qui, selon les dires de certains, s’entraînerait dans les rangs d’un club cycliste flamand, du côté d’Ougreven. Travaillant dans une boîte proche de Lyon, il regagnait le groupe après sa journée de travail. Il avait décidé, étant arrivé après le partage des chambres, de dormir à la belle étoile, au pied de son vélo, craignant quelque sabotage, ne sachant pas que des ondées passagères trahiraient son sommeil.

Le groupe enfin rassemblé, les lits drapés et les boulons des vélos resserrés, c’était l’heure de l’apéritif sans alcool et de la préparation du souper. Au menu des pâtes spéciales pour sportif, rechargées en sucre avec une sauce où le hachis, trop gras, avait été remplacé par du quorn et du poulet. Ils mangèrent sur la terrasse, sous un éclairage de Noël du plus bel effet. Petit bémol, ces pâtes au drôle de goût n’eurent pas la cote et les deux kilos ne trouvèrent pas d’acquéreur. Lors d’une prochaine édition, une invitation à un cordon bleu sera nécessaire. Heureusement, une tarte régionale réconcilia la bande. Derniers préparatifs et dodo, chacun selon ses coutumes essayait de conjurer les démons des coursiers ; l’homme au marteau qui vous fiche des coups de bambou mémorables et la sorcière aux dents vertes avec tous ses ennuis mécaniques dont les aventures égrènent les soirées des cyclistes de tous les pays.

Ce samedi mémorable débuta très tôt, trop tôt selon le président René, celui qu’on reconnaît grâce au bruit de sa roue arrière. Lui, c’est un caractère de blaireau (je veux dire B. Hinault, car en ballade c’est le patron du peloton, personne n’ose sortir sans sa permission ! ). Il avait fallu plusieurs soirées pour le décider à venir, il ne le regretta jamais. Son réveil bougon était le signe d’une bonne santé. Le petit déjeuner fut pris rapidement en silence, angoisse débutante, et le départ des trois voitures fut donné dans une légère clarté matinale. Pas moyen de se garer à moins de cinq kilomètres de la ligne de départ. Une petite ondée matinale mouilla les routes et réconforta les coursiers belges peu habitués aux grandes chaleurs et au cagnard ardéchois.

Arrivés à Saint-Félicien à l’heure officielle du départ, les sept mercenaires ne partirent qu’une heure plus tard car les routes du départ étaient tellement étroites, le nombre de participants tellement élevé et surtout, il leur était impossible de resquiller. Heureusement que le temps est pris par une sonde électronique placée à la cheville, ainsi on bénéficie de son temps exact. Au départ, sur le circuit et à l’arrivée, un tapis enregistre les passages. José, le vétéran de l’équipée dut faire demi-tour afin de passer sur un de ces tapis. Celui-là, c’est le coursier type, sa casquette vissée sous son casque, un catogan flottant dans son sillage ; rien du vélo ne lui échappe. Toutes les côtes sur la plaque, toutes les descentes sur les freins depuis une fracture vertébrale lors d’une cyclosportive à Rochefort. Il suffit qu’un cycliste soit dans son champ de vision pour qu’il puisse donner sa vitesse instantanée, sa moyenne, son nombre de kilomètres par an, son poids, son style et quand il l’a vu pour la dernière fois.

Dernière recommandation avant le départ, rouler le plus à droite possible car la boucle tourne dans le sens des aiguilles d’une montre et ainsi le parcours sera plus court. Mais une fois parti, impossible, vu le nombre de vélos, de suivre cette remarque judicieuse ; des cyclistes à gauche, à droite, devant, et heureusement derrière. A partir d’ici chacun pour soi, le vidéo cérébral mis en mode REC. Et les cols s’enchaînent les uns derrière les autres. La première bifurcation vers un des parcours plus court fut fatale à Claude et Guy. Claude, le dandy de la bande avec ses moustaches en guidon de vélo et les jambes rasées de près en eut un tel ressentiment que la ligne d’arrivée franchie, après seulement 12O kilomètres, il se rassit sur sa bécane et dans son style tout en souplesse repartit illico tuer sa rage sur les routes environnantes. Guy, le « bud Spencer » alliant force et douceur dans ses 100 kilos pris la chose avec philosophie et discuta avec les féminines de l’épreuves, délaissées par leur mari, plus rapide, et atteignit l’objectif au plus grand bonheur de son vélo plié sous la masse.

Ils arrivèrent ainsi un par un au terme de cette épopée. Seuls René et José se sont croisés quelquefois , au gré des descentes favorables au président et des montées favorable à José la science. Un délicieux plateau repas, reçu sans attente (quelle organisation !) est rapidement englouti, et c’est avec un magnifique diplôme qu’ils retournèrent à la planque.

La nuit est lentement tombée sur un ciel serein et sur ce samedi mémorable. Ils sont assis autour de cette grande table rectangulaire avec devant eux tantôt un verre de vin, tantôt un Orval voire même une Ciney blonde. Comme des brigands après un casse, ils partagent leur butin de souvenir. « tu te souviens de la pluie battante dans le sixième col, même qu’il y avait des grêlons !, …. Et les routes fumantes aux premiers rayons du soleil…… Ce cycliste qui a fait tout droit dans cette descente, tu l’as vu ? …Le paysage dans les lacets de Mézilhac,….eh, les gars, je n’ai plus aucun souvenir du cinquième col,… Quel pignon dans les passages durs du col du buisson ?…ce souvenir d’un sourire partagé avec un inconnu dans une souffrance partagée et consentie,… ». Eric est le premier à quitter la compagnie, l’appel du lit est trop fort ; il faut dire que c’est lui qui a roulé le plus longtemps. L’entraînement ne sert donc qu’a pouvoir rouler moins longtemps et à aller dormir plus tard ?

Le soleil inonda le dimanche. Un déjeuner castabazar, au soleil, un dimanche, au calme, sans nesquick ou bigoudis ; le bonheur tient parfois à peu de choses. Qui a parlé d’un décrassage bénéfique ? Qui a quitté cette table tranquille ? Et tous comme un seul homme, excepté le propriétaire ils ont enfourché leur fidèle destrier. Une heure promis, sans côte, et c’est parti pour cinquante kilomètres avec sprint au sommet des cols. Qui tenait la carte ?

Les valises fermées, les vélos rechargés dans les voitures, c’est l’heure d’un dernier bain de soleil autour et dans la piscine idyllique.
1600 Km à eux tous sur un w-end, c’est Vaux sur sûre – le sud de l’Espagne en relais. Enfin, l’heure de la séparation, du retour et de la fin du récit approchent. José et Thierry, le gentil organisateur, l’homme des pâtes, du décrassage et de la carte, le narrateur et le plus jeune des mercenaires, dopé à l’air des cimes sont de l’avant-dernière voiture. Sur la route, vers le froid, le soir et le nord, c’est plusieurs participants de l’ardéchoises qu’ils doublèrent et l’œil avisé de José en reconnut plus d’un.

Oui, ce fut un bon w-end, sans souci mécanique et sans blessure. Oui, ils repartiront vers d’autres banques à souvenir qu’ils dévaliseront avec la même joie.